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     Une demi-heure pour l'embarquement, une heure d'attente, et en route. Il était près de six heures lorsque nous partîmes. Il faisait déjà nuit. Nous étions 44 dans notre wagon, plus les sacs et les fusils, et, par dessus tout, les musettes et l'équipement, pendus après des clous. A chaque cahot du train, le tout nous cognait dans la tête. Il est vrai que nous étions tellement serrés, que nous n'avions guère de place pour bouger. Mais cela avait un autre avantage : celui de nous tenir chaud, car il ne faut pas oublier que nous étions au 13 février et qu'il y avait de la neige au dehors. Enfin, après bien des gueulements et des cigarettes fumées, les habitants du wagon s'endormirent...

     Quand on se réveilla, le train était arrêté. Il faisait nuit. Nous étions transis de froid, et de plus, défense de bouger. Un poilu se risqua à ouvrir la porte, afin de regarder au dehors. Il nous rendit compte qu'il croyait bien que nous nous trouvions sur une voie de garage, à proximité d'une gare car, un peu plus loin, brillaient des lumières. Le jour vient lentement. Enfin, à sept heures, un ordre passa que l'on ait à envoyer deux poilus par wagon pour aller chercher le jus. Bonne surprise. Encore meilleure, lorsqu'il arriva bouillant et copieusement arrosé de gniole. Il nous fallait bien cela pour nous réchauffer. Un peu de pas gymnastique sur le quai, une cigarette, et nous étions d'aplomb. On nous annonça alors, qu'il fallait descendre notre fourbi, et nous équiper. Par un employé du chemin de fer qui passait là, bien à point, nous sûmes que nous étions à Wassy.

     Ainsi donc, le tuyau de l'infirmier était bon. Rassemblement, la clique en tête, face au pays. Des ordres et en route, au pas cadencé. Dix minutes après, nous nous arrêtions dans la grande rue de Wassy, au-dessous de l'église. On forma les faisceaux et la pause. On nous apprit que nous allions loger chez l'habitant et qu'il fallait avoir de la tenue, en un mot, un petit speech, ô pas trop long, juste suffisamment pour qu'il ne devienne pas rasoir.

     On nous distribua les billets de logement, à raison de un lit pour deux hommes, et je partis avec mon congénère, vers la maison dont j'avais l'adresse. Un premier échec nous attendait. Il y avait un malade dans la maison. Je n'insistais pas et retournais à la mairie où l'on me donna un nouveau billet. Nouvelle maison : nouveau déboire. La famille était trop nombreuse et logée trop à l'étroit, pour pouvoir recevoir des soldats.

     Comme nous discutions sur le pas de la porte, la voisine nous interpella :
     "Alors, vous ne trouvez pas de logement, mes pauvres petits ?
- Mais non, Madame, voici la deuxième maison à la mairie nous envoie, et deux maisons où l'on ne peut pas nous recevoir. Il nous faut retourner chercher un troisième billet de logement.
- Eh bien, écoutez, allez-y, et si vous ne pouvez pas être logés, là où vous irez, venez ici il y a la chambre de mon fils qui est libre, puisque il est soldat, vous la prendrez.

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