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Nous arrivons à la cagna, où le fourrier Roqueplo, nous dit d'attendre les représentants de la quatrième section qui ne sont pas encore là... Nous allons pour nous mettre en route, dès que la corvée est rassemblée, lorsque les boches se mettent à bombarder Domart Roqueplo, jugeant que nous ne sommes pas à deux minutes près, nous fait descendre dans la cave afin d'y attendre un moment, qu'il y ait une accalmie.
Enfin, au bout d'un moment comme le tir se ralentit, nous prenons le départ... Entre Hourges et Domart, nous avons environ cent cinquante mètres à parcourir à découvert... Mais à peine étions-nous engagés sur ce morceau de roue, qu'un projecteur s'allume, dont la lueur vient balayer l'endroit où nous nous trouvons, en même temps qu'une mitrailleuse se met à cracher, et certainement, les deux engins sont réglés l'un sur l'autre, car les balles suivent le rayon de lumière... Nous nous sommes mis à plat ventre, puis, en rampant, nous gagnons le coté opposé de la route et celle-ci se trouvant en remblai, nous nous trouvons un peu à l'abri.
Dès que le projecteur a cessé de nous éclairer, nous reprenons notre route. Nous traversons Domart, accompagnés tout le long, par les sifflements et les éclatements des 88 qui tombent sur, et autour des maisons. Mais par bonheur il n'en tombe pas sur la route.
Le malheureux patelin ! qu'est-ce qu'il a dégusté ! Il n'y a déjà plus une maison intacte, et bien certainement il y en a bien les trois quarts qui sont à plat.
Enfin, nous sortons du pays sans incident, et nous continuons notre chemin sur la route. Nous faisons environ trois kilomètres puis nous tournons à gauche, à un carrefour qui doit être bien sonné, à en juger par les huit ou dix bourrins qui sont étendus là.
Les roulantes viennent tout juste d'arriver. Nous nous approchons de la notre et nous nous appelons pour nous rassembler par section... J'appelle Dubois qui me répond de suite. Sitôt réunis nous voulons appeler Paillard et Giacobetti, mais pas de réponse : "Tu vas voir qu'ils ont foutu le camp ! me dit Dubois. - Penses-tu, ils sont blessés plutôt. - Oh ! tu sais, je n'ai guère confiance en Giacobetti, et, quant à Paillard, c'est un vieux, il est à moitié excusable. - Bah, nous verrons bien en arrivant. Mais le hic c'est pour emporter la bectance !"
En effet, nous n'avons à nous deux que deux bouteillons. Encore heureux que nous ayons chacun notre toile de tente et quelques bidons :
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