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"Comment, mais Giacobetti et Paillard sont rentrés, il y a longtemps, en nous disant qu'il n'y a pas ravitaillement ! - Oh ! C'est bien simple. Comme ça bombardait, ils sont revenus, ils ont eu les jetons, et nous nous sommes tout envoyé avec Dubois. Oh ! Ce sont de bons copains ! Mais, vous savez, mon adjudant, ils mériteraient qu'on ne donne rien du tout à leur demi-section et qu'ils reçoivent une bonne raclée de leurs copains; ça leur servirait de leçon."
J'étais en rogne, de m'être envoyé trente-cinq kilos sur le dos, pendant cinq kilomètres, par la faute de deux fainéants, qui avaient reculé, en voyant un bombardement à deux kilomètres de là. Mais, en cet endroit les colères tombent vite, et une fois la tambouille avalée, je n'y pense plus.
Je prends ma garde tranquillement et dès le petit jour, je me renfonce dans mon trou...
Mais vers neuf heures, nouveau réveil en sursaut... Les artilleurs boches recommencent à s'amuser : les 210 rappliquent à nouveau... Nous n'attendons pas bien longtemps, et, voyant qu'ils semblent en vouloir au tas de betteraves, nous faisons, les trois mêmes que la veille, la même manoeuvre... Nous retournons dans la cave... Mais, Messieurs les Frigolins ont dû nous voir, car voilà qu'un gros noir siffle... et vient s'abattre à une trentaine de mètres de la maison... un deuxième arrive et éclate à coté de l'entrée de la cave... et, enfin, un troisième... au but...
L'escalier se remplit instantanément de fumée, de poussière... des briques dégringolent dans la cave... et il y fait noir comme dans un four...
J'ai l'impression que l'obus a dû tomber en plein sur l'entrée... faire tout ébouler... et que nous sommes enterrés là-dedans... Je ne peux d'ailleurs pas m'empêcher de faire connaître mon impression aux deux autres : "Ce coup-ci, nous sommes foutus." leur dis-je.
Mais au bout de deux minutes, nous nous rassurons en voyant un petit carré de jour apparaître... La fumée de l'explosion se dissipe et nous voyons alors que l'escalier de la cave n'a pas souffert... Mais nous craignons que le boches ne remettent ça, et réussissent mieux leur coup... Aussi, dès que nous pouvons sortir librement, nous filons... Nous voyons alors que l'obus est tombé sur la maison. Elle était à deux étages et presque intacte. Maintenant il n'y en a plus qu'un : le grenier est venu tomber sur le lit du rez-de-chaussée. Quelle destruction ! Les artilleurs ennemis doivent être contents !
Mais nous ne perdons pas de temps à examiner en détail ce tableau, et nous filons au pas de course nous rejeter dans notre trou. Nous racontons aux rares copains restés là, ce qui vient de nous arriver, et comme le tir sur le tas de betteraves a cessé, nous comptons bien passer une journée tranquille...
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