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     Elle continue de cette façon, jusqu'à cinq heures du soir, environ. Mais à ce moment, d'un seul coup, un barrage terrible, se déclenche, et ils nous ont bien repérés, car les 88 éclatent juste à hauteur de la ligne de défense. Dans notre coin, ils rasent les betteraves, et plus d'une fois, nous en recevons une sur la tête... Ils éclatent sur le parapet du coté opposé, à un mètre du bord !

     Nous nous blottissons au fond du trou. Garnier et Brisse, eux, ont une espèce de petit abri qui les protège des éclats et même peut-être d'un 88, car il y a pas mal de terre dessus, et comme ces obus sont à fusée très sensible, certainement ils éclateraient avant de traverser. Aussi leur est-il facile de donner des ordres :
     "Veillez... Veillez... Regardez si les boches viennent !..."

     Un poilu passe la tête de temps en temps, mais il n'y reste pas bien longtemps. D'ailleurs avec la fumée on ne distingue rien, et ce n'est guère agréable d'avoir le crane près du parapet, lorsqu'un 88 vient éternuer à coté !...

     Garnier s'en prend à un poilu :
     "Roland, regarde si tu vois quelque chose... veille ! Bon dieu !!"

     Roland, un type de la dixième escouade se laisse asticoter une fois ou deux, puis il envoie promener Garnier le plus carrément du monde :
     "Tu me fais chier, à la fin !... Veille si tu veux !... Moi, je m'en fous... si les boches viennent, eh bien, on sera fait et vlà tout !..."

     Ses paroles résument l'état d'esprit général... Nous sommes esquintés par la longue marche que nous avons faite avant de monter en ligne, et par les deux bombardements du matin.

     Nous sommes tous de son avis, si les boches viennent, nous nous rendons sans rouspéter... Un poilu, même, a déjà commencé à se déséquiper !...

     Mais au bout d'un quart d'heure, le tir de barrage se ralentit, puis cesse totalement... Nous regardons... rien ne vient... fausse alerte... Un quart d'heure seulement... Il nous semble que ce sont des heures qui viennent de s'écouler !...

     A la nuit Brisse m'apporte un revolver, celui de Neveu, qu'il a pris dans son étui. Je trouve un fusil à peu près propre dans la tranchée, me voilà remonté. Je pars à la onzième escouade, à l'équipe Verdier, comme deuxième pourvoyeur, en remplacement de Meslet.

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