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La nuit du 8 au 9 mai se passe tranquille pour moi, car au lieu d'aller travailler, je pars au ravitaillement avec un copain, ce qui demande moins de temps. Sitôt que nous avons touché notre nécessaire, nous rentrons en vitesse à notre gourbi, y attendre la rentrée des poilus tout en fumant une cigarette.
La nuit suivante, repos pour tout le monde. Encore une bonne journée à tirer à ne rien faire ! Elle nous parait longue, nous étant levés de bonne heure, frais et dispos de notre nuit entière à rouspiller.
Les boches deviennent nerveux. Ils s'en prennent maintenant au pays. Des bombardements de temps en temps, par 105 et 150... Les sorties de nuit deviennent dangereuses même et il faut faire vite lorsqu'on va au travail... Ils sont du repérer quelqu'allée et venue dans le patelin et ils se doutent qu'il y a quelqu'un dedans.

La nuit suivante, cinq poilus sont détachés par section, pour l'enterrement des bourrins. Nous filons au carrefour et activons la besogne. Notre carcan se trouve juste sur le bord de la route, et c'est bien embêtant car elle est prise d'enfilade par les batteries boches... qui en profitent... ces rosses-là !
On veut faire vite, mais nous n'y réussissons pas, car nous étions occupés de faire descendre notre grand cadavre dans le trou quand brutalement, quatre magoniaux viennent s'aligner sur et à coté de la route. Nous nous jetons dans notre trou en nous y faisant le plus petit possible... Encore heureux que ces messieurs d'en face n'aient pas attendu que l'on ait comblé, car je ne sais trop où nous nous serions fourrés.
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