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Les obus continuent à tomber dur, puis le tir se ralentit au bout de cinq minutes... Puis cette tout à fait... un tir de surprise inefficace, espérons-le !
L'adjudant rassemble ses vingt poilus, puis fait l'appel. On s'aperçoit alors qu'il y a un manquant : Mathurin, de la première section. Nous nous mettons à sa recherche, et le retrouvons au bout d'un moment dans le fossé de la route, râlant... il n'en a plus pour longtemps... Gonnord veut lui faire un pansement, mais à peine a-t-il trouvé son paquet, qu'il devient inutile, car le pauvre diable vient de rendre le dernier soupir...
Nous laissons là notre boulot et emmenant Mathurin, nous reprenons le chemin du retour, bien tristement... En effet cela nous fait quelque chose de penser que ce pauvre diable est mort en enterrant des chevaux crevés... Se faire tuer en rendant service à un copain, c'est très joli... mais en faisant une corvée aussi bête, c'est trop pénible...
Enfin, tant pis : c'est malheureux, mais il n'y a rien à faire. La Destinée est là qui veille sur nous !...
Nous apprenons en rentrant que les fritz ont bombardé le patelin et que les gaz commencent à produire leur petit effet. Il y a parait-il, plus de cent vingt malades au bataillon !
Chez nous ça va à peu près : personne ne se plaint pour le moment. Le travail continue. La nuit suivant la mort de Mathurin, j'ai été au ravitaillement, et pour rentrer, il nous a fallu faire un grand détour, les boches étant dans un moment de mauvaise humeur, et bombardaient le pays. Nous rentrons malgré ça sans aucun mal.
La nuit d'après je vais au cimetière, au travail... La vie commence à devenir intenable dans Berteaucourt. A tous moments du jour et de la nuit les frigolins bombardent tant et plus, avec les calibres dont ils disposent.
Le matin du 14 mai, en se réveillant quelques poilus se plaignent de maux de tête. Moi, je ne ressens rien. Le plus malheureux, semble-t-il est Pihan, le cabot de la douzième. Il ne fait que geindre, il a d'ailleurs très mauvaise mine.
Aussi vers deux heures, comme il se plaint de plus en plus je pars avec lui en rasant les murs, afin de l'accompagner jusqu'au poste de secours, puis je rentre en vitesse.
Mais à peine suis-je redescendu dans la cave, qu'un mal de tête fou me prend et que je me mets à rendre tripes et boyaux devant la porte de la cagna... boum ! ça y est me voici pris à mon tour !...
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