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Le soir même, je me fais porter malade : on me prend ma température : 38°9. Le toubib me met exempt de service. Pihan et Giacobetti sont évacués.
Je retourne me coucher dans mon gourbi. Il n'y a plus que deux poilus dans la cave qui soient à peu près bien portants.
Ils vont à la corvée de soupe et en rentrant, engloutissant, à eux deux, tout le pinard qu'ils ont touché et que nous ne voulons pas. Aussi après ce coup-là sont-ils saouls à ravir !
Si le vin immunise, ils n'ont rien à craindre, ils ne seront pas malades !
Le lendemain, comme ça ne va pas mieux, je retourne voir le major avec trois autres poilus de la cagna. Il nous évacue tous quatre. Nous revenons chercher nos affaires, car nous devons tout emporter en partant...
Vers onze heures, une petite automobile américaine de la croix-rouge, nous emmène à toute vitesse, jusqu'à Bauve, où nous laissons notre barda, ne gardant que nos affaires personnelles. Cela me rappelle ma première évacuation et je me vois déjà dans le train, en route vers Paris !
De Bauve, une grande voiture à deux chevaux nous conduit à Sains-en-Amiennois, où se tient l'ambulance divisionnaire. On me fait entrer dans une grande tente de la croix-rouge, où un infirmier m'affecte un lit.
Je passe une bonne nuit tranquille. Vers neuf heures, le major passe : "Quinine et antipyrine !"
Certainement, ça va me remettre d'aplomb ! J'aimerais mieux un bon beefsteack, car quoique ayant de la fièvre, je sens l'appétit me tortiller l'estomac.
Dans la journée, je me lève et, dans le jardin où est établie notre ambulance, je retrouve Pihan et Corrier (ce dernier était dans ma cave et a été évacué dans le jour, un peu avant nous).
Sur onze que nous étions dans notre cave, nous avons été évacués huit : Pihan et Giacobetti, l'avant-veille, Corrier, un instant avant nous, nous quatre, et, enfin, le sergent Roux, évacué par le toubib du troisième bataillon, où il s'était fait porter malade en allant reconnaître les emplacements du troisième bataillon que nous étions près de relever.
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