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     La compagnie fait des corvées de soupe et de jus en ligne, et moi, je me repose. J'en suis d'autant plus heureux qu'il fait un temps affreux, de l'orage et de la pluie en quantité et que les boyaux sont pleins de boue. On y enfonce plus haut que la cheville. Les poilus en rentrant, rouscaillent tout ce qu'ils savent !

     Ce soir, 7 octobre, Péters me quitte pour une seconde permission de sept jours, car il était en retard et a repris sa place normale. Je lui donne, naturellement, une lettre pour mes parents, puisqu'il va les voir...

     A la tombée de la nuit, nous étions occupés à jouer aux cartes près du feu, lorsqu'on entend une voix venant de l'extérieur :
     "Eh, les amis, c'est la première ici ?
- Oui, mon vieux. Tu cherches quelqu'un ?
- Je rentre de permission. Je suis du 267 et je viens à la première.
- Entre, mon vieux ! faisons-nous. Il y aura une place pour toi, ici !"

     Nous voyons alors apparaître un vieux bonhomme (il est de la classe 1898) à barbe grise, l'air bien doux. Il s'appelle Tual. Il nous raconte qu'il vient de Bretagne où il a passé sa permission. En rentrant à la compagnie, il s'est arrêté chez le sergent-major et s'est fait donner un bon pour dix litres de vin, bon qui est nécessaire pour avoir du pinard à la coopérative.

     Il nous donne le bon et nous nous cotisons à nous quatre, pour acheter les dix litres, que nous boirons bien.

     Le lendemain, un de nous dégotte un grand baquet de fer-blanc. Nous y adaptons une anse faite avec un fil de fer et ils filent à deux à la coopérative, chercher le pinard...

     Quand ils reviennent nous buvons à la santé de l'ancien qui est nouveau, et à notre santé également, car il ne faut pas s'oublier soi-même.

     Trois jours s'écoulent ainsi, tranquilles, je dirai même heureux dans notre cagna, où à nous quatre nous nous entendons très bien... Enfin, le 10 octobre, à midi, on nous rassemble, pour le rapport afin de nous annoncer qu'on est relevés le soir même et qu'on ira à Rattentout finir la nuit, que nous embarquerions le lendemain matin en camions pour aller à Taillancourt, un pays meusien situé sur la frontière de la Meurthe-et-Moselle.

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