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     Au bout d'une grande heure ils se ramènent et nous allons nous installer... La section n'est pas trop mal : dans une espèce de petite chambre, dans un grenier. Mais il faut y monter par une échelle sans rampe et il y a de quoi se casser la figure la nuit surtout... Mais ça ne fait rien, on en sera quitte pour y faire attention.

     Nous collons nos affaires dans un coin, démontons notre sac, et on s'endort bien tranquillement, après s'être enveloppés dans nos couvertures...

     Pendant trois jours on n'a pas grand'chose à faire : nettoyage des armes et du cantonnement et c'est tout.

     Le troisième jour que nous étions là, le 14 octobre, j'étais seul en train d'écrire, lorsqu'un poilu, Jobin, qui était saoul, rentre comme il peut dans la chambre et s'allonge sur la paille. Puis il s'asseoit sur son séant, et se met à jargonner, qu'il en a marre, que ça le fait chier, puis il se met debout et sort son couteau...

     Je me demande ce qu'il veut faire, et je me lève aussi, prêt à intervenir :
     "Ils me font tous chier. J'en ai marre et je vais m'en foutre un coup.
- Tu es fou, ne fais pas cette bêtise-là.
- Toi, ne m'emmerde pas. Laisse-moi tranquille. Je veux m'en foutre un coup !"

     Cela commence à m'embêter, d'autant plus qu'il a un fameux couteau à cran d'arrêt. Le pire, c'est qu'il veut passer des paroles aux actes. Il étend le bras... Je me jette sur lui et comme il est pas mal saoul, je le flanque par terre, et, en le tenant, je réussis à lui enlever son couteau...

     Je m'asseois ensuite près de lui et je tâche de le ramener à la raison. Je lui parle de sa famille, de sa mère tout au moins, car je sais que son père est mort... Je n'ai qu'une peur : c'est qu'il n'ait l'idée de prendre son revolver derrière lui. Il est vrai que je le surveille et que je serai arrivé à l'arme avant lui...

     Enfin, bercé par mes paroles, il s'endort... Ouf ! Je suis enfin tranquille ! D'ailleurs, les copains ne vont pas tarder à rentrer.

     Il est vrai qu'il y en a la moitié qui sont aussi saouls que Jobin lui-même et par conséquent, bien incapables de me donner un coup de main.

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