home
C'est dire que dans le jour, il ne faut pas s'y tenir debout. Ceux qui nous ont précédés, ont creusé des trous dans la paroi, sous le parapet... Je n'aime pas beaucoup ce genre-là, car j'ai gardé un triste souvenir de mon trou du tas de betteraves.
En arrivant, je serre la main au juteux, qui me dit de prendre une place, car il y a encore un trou disponible... J'y vais, je pose mes affaires sur le parapet et entre dans mon diminutif de gourbi à quatre pattes... Mais je pose la main sur quelque chose de mou et de gluant... ça me semble bizarre... Je porte la main à mon nez... Pouah ! Cela sent la m...e et, comme il faut ! Mon prédécesseur devait se servir de sa maison comme latrine !...
Bah ! Un coup de pelle-bêche et mon trou est nettoyé. Je rentre mon fourbi dedans et je suis paré : je peux prendre la garde, après avoir toutefois, cassé la croûte.
Je passe, dans ce coin, cinq journées calmes, du 21 au 25 mai. Enfin, dans la nuit du 25 au 26, nous sommes relevés par une autre compagnie. Nous filons en colonne par un et en vitesse. En cours de route, au moment de traverser la route Berteaucourt-Bauve, nous sommes salement sonnés, car les boches continuent à bombarder Berteaucourt et ses alentours. Nous passons l'endroit dangereux au pas gymnastique et sans mal. Nous arrivons bientôt dans le parc du château de Thézy... Il est magnifique...
Nous devons nous installer sous les arbres. Mais, en quittant la première ligne nous tombons de Charybde en Scylla, car nous trinquons encore plus que dans nos trous !
La troisième compagnie, notamment, a reçu un magoniau en plein dans sa liaison. Le capitaine est blessé ainsi que quelques agentes de liaison et parmi ces derniers, il y a un tué.
Enfin, nous sautons sur nos outils et nous mettons en devoir de commencer nos trous, afin d'être à l'abri des gros noirs qui viennent siffler rudement au-dessus de nos têtes et s'écraser autour du château qui est éloigné de nous d'une centaine de mètres.
Mais dans la soirée nous abandonnons notre travail, car un tuyau vient de passer qui parait sérieux : la première section et une demi-section de la troisième, doivent déménager. Mais ce dernier article nous intrigue. Quelle sera la demi-section qui fichera le camp ?
Cette question est intéressante, car ce serait pour aller sur une contre-pente, en arrière, occuper des sapes d'artilleurs.
|