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     ...Je vais voir le major, histoire de me reposer un jour ou deux. Le deuxième jour, le major inscrit sur le carnet de visite, en face de mon nom : consultation non motivée, et, d'autre part, il m'envoie à la visite du médecin-chef pour le lendemain, et il parle de me faire analyser mon urine. Ma parole, il doit être fou !

     Le lieutenant Sénèque qui commande la compagnie, en l'absence du lieutenant Troutot, permissionnaire, me fait appeler et me demande si je suis malade. Je lui raconte la visite. Il m'écoute puis me renvoie, en me disant qu'il prendra une décision après la visite de médecin-chef... Si, jamais ce dernier ne me reconnaît pas, je peux préparer mon matricule !

     Mais à la visite, tout se passe bien. Le médecin me reconnaît une laryngite et me prescrit quelques médicaments. Je suis donc tranquille, il n'y aura rien.

     Le 24 octobre, un mercredi, nous sommes de parade, pour la dégradation d'un poilu du 155e puni de trois ans de prison avec dégradation militaire. Je fais partie du piquet de quatre hommes, qui baïonnette au canon, encadre le prisonnier pendant l'exécution.

     Le type ne s'en fait pas une miette. Il a l'air parfaitement heureux de son sort et tremble, certainement moins que le sergent qui, armé d'un couteau, lui coupe ses boutons et ses écussons.

     La cérémonie finie, nous passons devant les poilus, puis sortant du carré, nous remettons le bonhomme aux gendarmes qui vont l'emmener à la tôle...

     Le lendemain, je suis, avec une demi-douzaine d'autres poilus de garde au conseil de guerre. J'ai ainsi l'occasion de voir, d'abord l'installation d'un tribunal militaire, chose que je n'avais jamais vue, et ensuite d'entendre la défense et la plaidoirie des avocats. Les premières affaires sont simples : désertions à l'intérieur en temps de guerre. Les accusés sont punis de peines, variant de trois mois de prison à sept ans de travaux publics, avec ou sans dégradation, puis vient l'affaire la plus intéressante.

     A Verdun, au début de septembre, le 267 était en ligne. Ils venaient de s'appuyer quatorze jours de tranchée et avaient été relevés depuis vingt-quatre heures, lorsqu'ils reçoivent l'ordre de remonter. Rouspétance, râles, refus de marcher, plus ou moins caractérisés.

     Il y a discussion. Quelques-uns des prévenus prétendent n'avoir rien dit. Tous se plaignent du capitaine. C'est très obscur comme affaire... Enfin, à huit heures du soir, les juges se mettent à délibérer et une grande demi-heure après, nous rentrons dans la salle pour entendre le président, donner lecture aux réponses faites aux quarante-huit questions posées.

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