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Le lieutenant Troutot a réussi à se débrouiller pour faire venir tous ses poilus ici, car ils ont été sonnés, la nuit passée dans le parc, et il doit y avoir quelques tués et blessés au bataillon... Comme il n'y avait personne pour conduire la deuxième demi-section à son emplacement que je connais je m'offre de guide.
Leur sape est à une cinquantaine de mètres de la notre. Chemin faisant Brisse qui commande cette fraction, m'apprend qu'il a vu un radio disant que les boches avaient attaqué avec succès entre Soissons et Reims... Il a entendu parler, d'autre part, d'un ordre du jour de Foch, recommandant aux poilus de prendre patience et de comprendre pourquoi on ne les envoyait pas plus souvent au repos.
Nous nous en apercevons bien, puisque voilà déjà trente-deux jours que nous sommes en ligne et qu'il n'est toujours pas question de relève !
Le lendemain matin, sous prétexte de corvée à la coopérative régimentaire, installée à Cottenchy, je suis descendu, avec Dubois vers le pays.
En passant près du ruisseau, nous nous sommes mis nus jusqu'à la ceinture, et nous nous sommes nettoyés. Nous en avions bien besoin, car ça faisait environ trente-quatre ou trente-cinq jours que pareille chose ne nous était arrivée !
Sitôt retapés, nous allons à Cottenchy. Notre intention est de chercher dans ce pays déserté par ses habitants, quelques outils qui puissent nous servir pour faire nos briquets.
Mais nous ne trouvons rien, et nous nous préparons à regagner nos cagnas, lorsqu'en passant le pont près de la rivière, une idée me vient : "Dis donc, Dubois, si nous allions jusqu'à Dommartin ? Ce n'est pas loin et peut-être aurions-nous plus de chance ? - Si tu veux. Suivons le ruisseau."
Ainsi faisons-nous et en peu de temps, nous sommes arrivés aux premières maisons de Dommartin. La vue de la première nous donne quelque espoir. C'est une scierie actionnée par l'eau de l'Avre. Nous visitons toutes les pièces les unes après les autres, et nous avons trouvé, une fois notre visite achevée, trois ou quatre vieilles limes, qui nous rendront néanmoins quelques services... Tout heureux, nous rentrons pour nous mettre au travail.
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