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Là-dessus l'autre n'a qu'à se taire !
Lorsque le coup de sifflet de reprise de la marche retentit, c'est avec un mal infini que nous nous remettons en route.
Mes pieds trempés par l'eau, me font un mal inouï. Je marche néanmoins car je ne sais pas où nous allons, et je ne tiens pas à faire cinquante kilomètres inutilement !
La colonne s'allonge lamentablement, de plus en plus. Nous marchons à une allure de tortue, la seule qui nous convienne en ce moment. Après deux pauses encore, je n'en peux plus, et en repartant je me sens si las, que je ralentis le pas encore davantage. Je suis rejoins au bout d'un kilomètre par Marchand, le caporal-fourrier qui tient son godillot gauche à la main et marche sur sa chaussette. Nous faisons route ensemble. Il m'apprend que nous allons à Fransures qui n'est plus qu'à deux kilomètres.
La tête de la colonne y est arrivée, environ trois quarts d'heure avant nous. Nous n'avons donc pas beaucoup de retard. Le pays a l'air bien misérable. On nous alloue une grange pour la section et nous nous empressons de nous débarrasser de tout notre fourbi.
Toute la journée, les retardataires arrivent. Les derniers nous apprennent que le drapeau a passé la nuit au milieu d'un champ, son officier ne pouvant plus le porter, car il était saoul comme la bourrique à Robespierre !
Comme défilé de régiment, c'est joli ! Qu'est-ce qu'on va prendre ! Cela ne manque pas. Le lendemain matin, un renfort de la classe 1918 arrive et le lieutenant voulant les voir, nous rassemble pour le rapport.
Il nous passe un de ces savons ! Malheureusement tout le monde en prend pour son rang et c'est ainsi que moi et quelques copains qui n'avions pourtant pas bu, nous en avons pris autant que Rouaud, par exemple, un fusilier-mitrailleur qui a perdu tout son fourniment, tellement il voyait peu clair ! "Bande de saligauds, dit le lieutenant, vous me dégouttez ! J'ai honte de commander une bande d'acrobates comme vous !"
Pour la réception des bleus ça a fait très bien !
Le lendemain, 4 juin, je vais au Bosquet, un petit patelin voisin, pour avoir du pinard, car à Fransures, il n'y en a pas plus que d'eau, et, comme les deux puits sont à cent et cent-dix mètres de profondeur, que l'on juge !
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