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Le 24 avril, à onze heures trente du matin, nous venions de manger la soupe, lorsque l'adjudant Jayet, notre chef de section, arrive en coup de vent : "Montez vos sacs en vitesse... Défense de sortir, le cantonnement est consigné."
Heureusement que nous sommes habitués à ces sortes d'alertes, sans quoi ça pourrait nous causer une forte émotion... Nous exécutons l'ordre donné, et attendons. Mais comme il y a un mois, à Saint-Martin-Fontaine, rien ne vient. Le soir, nous démontons nos sacs et allons nous coucher.
A quatre heures du matin, le poilu de jus nous réveille à grand renfort de beuglements, en nous annonçant le départ pour cinq heures. A l'heure dite, nous démarrons.
Encore une douzaine de kilomètres à faire à pinces et nous voici à Estrées-Noyes. Mais le pays est petit et les hommes nombreux. Il n'y a pas de places pour tout le monde. La section doit coucher à la belle étoile, sous les tentes, dans le jardin d'une maison. Nous nous réunissons à quatre et nous montons notre cabane.
Puis, nous partons visiter le pays... En revenant de faire notre tour, nous voyons sur la place une compagnie du premier bataillon en tenue de départ. Nous nous informons auprès des poilus, qui nous apprennent que nous déménageons. Nous piquons alors un fameux pas gymnastique vers notre gourbi de toile.
La section est déjà presque prête. Nous arrachons notre tente et à toute allure, nous montons nos sacs. C'est ce qui s'appelle opérer en vitesse. Enfin, nous réussissons à être prêts presqu'en même temps que les copains.
Jobin est rentré de permission et a repris sa place de premier pourvoyeur. Je suis donc redevenu simple grenadier-voltigeur, armé du fusil.
Le déménagement a pour cause l'exiguïté du logement et par conséquent, la facilité, pour les avions boches de repérer les tentes groupées autour du pays. Aussi allons-nous les réinstaller dans un bois, à douze ou quinze cent mètres d'Estrées.
Nous nous mettons à quatre et montons notre gourbi comme nous l'avions fait auparavant. Mais ça dérange le juteux qui veut que l'on se mette par escouade. Nous sommes obligés de redémonter notre ouvrage, mais comme mon escouade., la dixième, a déjà construit sa maison et que les poilus ne marchent pas pour remettre ça, ça me fout en rogne et je laisse tout en plan, avec l'espoir de trouver autre chose. J'avise un peu plus loin une grande voiture, elle constituera mon abri.
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