home
...Le samedi 5 avril, nous étions, vers midi, dans nos chambres, lorsque nous entendons le bruit d'un moteur d'un avion, volant bas... Nous nous précipitons à la fenêtre, juste à temps pour voir l'avion s'abattre et tomber derrière le mur de la caserne Jouart, où nous sommes descendus loger depuis quelques jours...
Nous sautons par la fenêtre et courons sur le lieu de l'accident... L'avion brûle et, avec lui, les deux passagers; ce sont un lieutenant du 2e d'artillerie et un sergent de chasseurs... Il n'y a rien à faire : pas moyen de les dégager... Dès que le brasier est un peu apaisé, on place les restes des deux malheureux sur des brancards et ils sont transportés à l'hôpital.
Les obsèques ont lieu deux jours après. Les fourgons sont suivis par une foule nombreuse de civils et de poilus. Cela nous fait de la peine, car, avoir fait la guerre, et mourir, maintenant, dans un stupide accident d'aviation, c'est bien triste !...
...Enfin, le 12 avril, nous connaissons le résultat des examens. Je suis reconnu apte à remplir les fonctions de chef de section, et en conséquence, on me remet le brevet...
Je quitte Bitche, le 15 avril, pour gagner Verdun, où se trouve actuellement le 155e R.I.... En regagnant ma compagnie, j'y trouve quelques changements : il y a des nouveaux de la classe 19 arrivés, et il y a des vieux des classes 98 ou 99 qui sont partis.
Mais je ne m'attarde pas. Voilà six mois que je n'ai pas été en permission, je me débrouille à toute vitesse, pour avoir mon premier tour de vingt jours, auquel j'ai droit.
...J'ai vingt-quatre jours, en y comprenant quatre jours pour mes deux dernières citations. J'en profite du 19 avril au 14 mai.
En rejoignant, je me fais reporter sur le tour de départ, comme si je n'avais pas été au cours, et que j'ai eu ma première permission, à son tour normal.
Je suis alors dans les premiers, et dois y retourner dans une huitaine de jours.
Pour passer le temps, on m'envoie à Landrecourt, à quinze kilomètres de Verdun, avec le lieutenant Jayet, pour commander un détachement de travailleurs auxiliaires... Ce sont des types qui travaillaient en usines d'où ils ont été renvoyés pour indiscipline, paresse ou ivresse.
|