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     A la nuit, je prends mon sac et mes couvertures et je m'allonge dessous, la tête sur le sac comme oreiller et bien enveloppé. Mais je suis long à m'endormir, car le bois est farci de pièces d'artillerie qui tirent sans arrêt et, naturellement, font un vacarme de tous les diables. Enfin, la fatigue a raison de moi et je m'endors du sommeil du bienheureux...

     Mais il fait à peine jour que je me réveille gelé, transi, engourdi et mouillé des pieds à la tête. Il a plu toute la nuit, et le terrain étant en déclivité, l'eau a coulé, trempant mes couvertures, et moi, par dessus le marché. Je fais un peu de marche pour me réchauffer, puis je vais voir le cuistot qui est en train de faire son feu pour chauffer son jus, dont j'avale un grand quart sitôt prêt. Une cigarette là-dessus et me voilà retapé. Si je pouvais me débarbouiller, ça me ferait du bien, mais il n'y faut pas songer, il n'y a pas d'eau, et je n'ose pas m'éloigner, de peur qu'un ordre arrive pendant ce temps.

     J'aurais pu néanmoins y aller car cet ordre n'arrive à quatre heures de l'après-midi. Nous montons nos sacs et nous allons chercher une journée supplémentaire de vivres de réserve et à sept heures, en route.

     Nous montons en ligne dans la Somme, secteur d'Hangard-en-Santerre, le vendredi, 26 avril. Nous parcourons les premiers kilomètres tranquillement...

     Mais à un moment, la route longe une pente et les boches bombardent le haut de la crête. On voit parmi les lueurs d'éclatement des poilus qui se sauvent, d'autres qui descendent, enfin d'autres qui montent. Puis le tir s'allonge et les boches bombardent un pays dans le fond : les obus passent en sifflant au-dessus de nos têtes et vont éclater autour du pays, quelques-uns vont au but.

     Nous marchons toujours. Chemin faisant, nous croisons une relève d'anglais, cigarettes au bec, et chantant Tippérary. Les boches ne tirent pas dessus, c'est plutôt bizarre. Si nous faisions une relève dans de semblables conditions, qu'est-ce que nous dégusterions ? Mais nous arrivons bientôt à proximité des lignes, nous sommes alors obligés de mettre nos masques, car les Frigolins balancent quelque chose comme obus à gaz.

     Pour arriver au point terminus de notre relève, nous devrions traverser deux villages : Domart et Hourges, l'un suivant l'autre et séparés l'un de l'autre par une centaine de mètres. Mais ils sont en train de déguster quelque chose et les gros noirs rappliquent dur et ferme. Impossible de passer : on recevrait une maison sur la tête !...

     Nous ne pouvons pas couper au court : il y a un grand marais entre les lignes et nous, du coté droit des pays. Il n'y a que le coté gauche qui soit libre... libre est une façon de parler, car les obus tombent un peu partout. Mais enfin, nous avons le terrain ferme et ce n'est pas repéré comme les pays.

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