Login  |  MeToo  |  Wax  |  14-18  |  Photos  |  Comics  |  Games  |  Term  |  Rally  |  Users    
home
     Mais il arriva une chose que je n'avais pas prévue. La chambre était carrelée. Le sommier glissant sur les carreaux polis, vint donner dans un des tréteaux de la table, l'emmenant du même coup dans son voyage.

     Le verre de la lampe vint se briser à terre, en faisant un vacarme effroyable, réveillant du même coup, non seulement les poilus de la chambre, mais ceux de la chambre voisine. Deux minutes ne s'étaient pas écoulées, que le caporal, qui couchait dans une pièce à côté, apparaissait en chemise, une lampe à la main. Il voulut connaître le nom du coupable. Seuls des rires étouffés, sous les draps et sous les couvertures, lui répondirent. A bout de patience, il sortit en grommelant des menaces :
     "Nous verrons cela demain", bougonnait-il.

     Le poilu n'eut que la peine de refaire patiemment son lit, dans l'obscurité (l'extinction des feux étant sonnée, toute lumière était interdite). Il était en colère, et j'étais bien vengé. Le bleu commençait à se débrouiller.

     Le 12, pour la première fois, nous sortîmes nos fusils, afin d'apprendre à former les faisceaux. Il faisait un beau froid sec. La neige gelée craquait sous nos pas. Nous montions par la caserne Marceau, que nous dépassâmes quelque peu. Là, avant la pause, théorie du sergent et commencement de l'étude du mouvement décomposé.

     Au bout d'une heure d'exercice, nous savions former et rompre les faisceaux, réglementairement. Il me parut bien lourd le fusil. Je n'avais jamais porté une arme aussi longtemps, et il me semblait que je ne pourrais pas faire beaucoup de kilomètres, avec cet outil, et le sac en plus. Pauvre vieux !! Pauvre innocent !!

     Le lendemain matin, étant un dimanche, 13 février, nous nous promettions de dormir comme des bienheureux, jusqu'à neuf heures, au moins, lorsqu'à huit heures, à peine, le sergent s'amène en coup de vent :
     "Montez vos sacs en tenue de départ. Préparez vos baluchons, et en vitesse."

     Nous avions été avertis, en effet, par des théories, qu'en cas de départ, nous faisions un ballot, avec tous nos effets numéro un, ne portant sur nous que les effets numéro deux (effets de drap et de treillis). Lorsque mon sac fut monté, j'eus un soubresaut d'épouvante, en le pesant et en voyant mes musettes garnies, que j'avais pendues au pied du lit.

     Jamais nous n'avions porté le sac. Jamais je ne pourrais mettre ça sur mon dos. Et, pourtant, lorsque tout le monde fut prêt, et que le sergent cria : "Rassemblement !", il fallut bien installer les musettes et le sac sur le dos !!

page précédente
page 8
page suivante