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     Devant nous, une crête boisée s'étend à environ six ou sept cents mètres... Là sont les lignes boches.

     Les poilus du 7e nous disent que les boches n'ont jamais envoyé de magoniaux dans ce coin, que nous serons tranquilles... Enfin, ils croient nous rassurer et... fichent le camp vers l'arrière... Nous examinons alors notre trou plus attentivement : ce n'est rien de fameux !

     Comme grenadier-voltigeur, je me colle au bout de la tranchée, du coté du pays. Là, il ne va pas plus loin. La ligne est interrompue et devant Hourges ce sont des trous de tirailleurs, distants l'un de l'autre de trois ou quatre mètres...

     Un gars de la compagnie relevée a sapé la terre à l'endroit où je me trouve et formé ainsi une sorte de niche pouvant tenir un poilu allongé... Mais il y a bien cinquante ou soixante centimètres de terre au-dessus de soi et cette terre ne me parait pas bien solide, car il n'y a naturellement aucun étai, rien qui puisse la soutenir... Enfin, il n'y a rien à craindre puisque c'est le coin tranquille !

     Je colle donc toutes mes affaires dans ce coin, après avoir démonté mon sac, puis je prends la garde comme les copains. Il n'y a qu'à regarder en passant la tête au-dessus de nos betteraves.

     Enfin, la nuit passe et sitôt le petit jour venu, je me glisse dans mon trou où je ne tarde pas à m'endormir d'un sommeil lourd car je suis bien fatigué...

     ...Je ne sais pas s'il y a bien longtemps que je dors, lorsque je me réveille en sursaut... Il me semble vaguement qu'il se passe quelque chose de pas ordinaire... En me réveillant, je me sens une envie d'uriner, pas ordinaire... Je sors alors de mon trou, afin de faire dans une gamelle destinée à cet usage, lorsqu'un bruit de locomotive en marche, me fait baisser la tête... C'est un 210... J'ai l'impression, dans le sifflement de la chute qu'il est pour nous... Il s'abat à cinq ou six mètres derrière nous, faisant un entonnoir énorme, et projetant la terre de tous les cotés...

     En même temps... vlan !... voilà ma cagna qui s'écroule, ensevelissant mon sac, mes couvertures, mon outil portatif et mes musettes sous deux ou trois mètres cubes de terre... Eh bien, à cet instant, je remercie mon envie de pisser... Sans elle, je serais enterré et comme il faut !...

     ...Mais je n'ai pas le temps de me désoler sur la perte de mon fourbi qu'un deuxième sifflement annonce son obus... Vlan ! encore un !... En plein sur la meule de paille !...

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