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     Il me promit de le faire, et, en effet, il dut tenir parole car la femme ne me dit plus rien quand je passais.

     Le soir, j'allais avec Jennin, chez des personnes, chez qui nous avions l'habitude d'aller tous les jours avant d'avoir été en tôle.

     Nous leur racontâmes tout, sans omettre la dernière scène. Nous le pouvions, car c'étaient de braves gens, qui pouvaient nous comprendre :
     "Comment, nous dirent-ils, votre capitaine a ajouté foi aux racontars de cette vieille folle. Mais on ne lui a, seulement, peut-être rien pris du tout ! C'est une hystérique qui a fait une noce à tout casser, avec les officiers boches, pendant le peu de temps qu'ils sont restés ici. Ah, ben vrai, mes pauvres petits ! Un triste sire, votre capitaine ! s'il ne se renseigne pas mieux que ça !"

     Ma foi, alors, rien ne nous étonnait plus. Mais c'est égal nous avions passé un fichu quart d'heure.

     J'avais hâte, à présent de quitter le pays. Heureusement il n'y en eut pas pour longtemps. En effet, nous étions sortis de prison, le 19 mars, et le 22, nous déménagions.

     Tout le dépôt divisionnaire partait. Chasseurs, infanterie, artillerie, tout le monde fichait le camp.

     Le premier jour de marche, nous fîmes une étape de trente kilomètres, pour gagner Neuilly-Saint-Front, où nous devions passer la nuit.

     Le deuxième jour, 23 mars, nous gagnons Chacrise, où nous arrivons vers quatre heures de l'après-midi. Dès l'arrivée, nous avons la surprise d'une forte détonation, à côté de notre cantonnement : bombe ou obus qui a explosé. Nous apprenons que le régiment se trouve devant le fort de Condé, dans l'Aisne, et qu'il y subit des pertes assez sensibles. On nous annonce notamment la mort d'un des chefs de bataillon : le commandant Keiser.

     Nous sommes toujours sur le qui-vive, attendant un ordre de renfort qui ne vient pas. Mais il faut d'abord que le régiment descende au repos et certainement nous irons le rejoindre. En attendant, pour passer le temps, nous faisons de l'exercice, comme à Cocherel, comme à Beaudricourt, comme à Laval, et comme dans bien d'autres coins.


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