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     Les bottes voltigent à droite et à gauche, et en place du bel édifice qui se dressait là, il ne reste plus que de la paille semée sur un rayon de cinquante mètres !... Nous pensons alors aux poilus qui étaient derrière... Qu'est-ce qu'ils ont dû prendre !...

     Mais les 210 rappliquent toujours... Il en éclate un autre près de notre trou... Nous nous concertons alors avec deux autres poilus de l'escouade : Mulé et Noël :
     "On va pas rester là à se faire buter ! Il faut trouver moyen de se tirer des flûtes !"

     Oui, mais par où partir ? Du coté où je suis la tranchée s'arrête, et à l'autre bout elle n'a que quarante centimètres !...

     Ma foi, nous nous décidons à tenter la chance, et voyant que le tir ne s'arrête pas, nous faisons un bond hors de la tranchée et nous filons vers le pays ! Nous faisons le tour d'une maison et voyant une entrée de cave, nous y descendons... Elle est assez profonde, l'escalier est bon, en maçonnerie, mais la cave elle-même n'est pas achevée : elle ne forme qu'un trou sans maçonnerie, ni étai et où l'on ne tient qu'à trois ou quatre hommes couchés.

     Nous l'adoptons néanmoins et y passons la journée... A la tombée de la nuit nous regagnons tous trois notre trou. En arrivant, nous apprenons ce qui s'est passé : un poilu, Le Ray, qui logeait derrière la meule de paille, curieux de voir ce que faisaient les boches, s'était montré à découvert... Les boches croyant que cette meule cache un nid de mitrailleuse, tirent... Résultat : cinq poilus enterrés par l'obus qui est tombé dessus... On a réussi à en tirer trois... Mais Neveu et Meslet sont restés dessous... D'où, par l'imprudence d'un imbécile, on a deux morts à déplorer...

     Sitôt rentré dans mon trou, je m'arme d'une pelle et je me mets en devoir de déblayer l'amoncellement de terre qui se trouve sur mes affaires, et ce n'est qu'au bout d'une heure de travail que je réussis à retirer mon sac, puis ma toile de tente et mes couvertures, et, enfin, mes musettes. Quant à mon fusil, pas moyen de le retrouver... Il reste où il est. J'en trouverai un autre...

     A dix heures, je pars à la corvée de soupe. Nous sommes quatre pour la section, un homme par escouade : Paillard, pour la neuvième, Dubois pour la dixième, Giacobetti pour la onzième et mois, pour la douzième.

     Nous nous rendons tout d'abord au P.C. du lieutenant, où doit s'opérer le rassemblement des hommes de corvée pour la compagnie... Chemin faisant, nous voyons les brancardiers qui emmènent le corps de Meslet que l'on vient de déterrer...

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