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     Enfin, le signal arrive, nous franchissons le parapet. Mon coeur, au moment de monter, bat plus vite, mais voyant alors la tranquillité du lieu, je me rassure vite.

     En effet, pas un coup de canon, pas un coup de mitrailleuse. Nous nous engageons dans le réseau au pas gymnastique, afin d'y rester le moins possible.

     Au moment d'en sortir, je me sens agrippé par le pied, et, la tête en avant, je plonge dans un grand entonnoir de 380. Mon pied s'était pris dans un fil de fer non coupé, et j'étais descendu jusqu'au fond de l'entonnoir. Je me préparais à regrimper afin de rejoindre la compagnie, lorsqu'au dessus de ma tête, j'entendis comme un bruissement d'abeilles, pendant qu'en avant à 3 ou 400 mètres de là, se faisait entendre un tacata tacata, que je reconnus pour être le bruit de la mitrailleuse. L'attaque était éventée : les boches tiraient. Cela venait, je le sus ensuite, d'un fusilier-mitrailleur, qui, ayant vu des ombres, le long des tranchées boches, s'était mis à tirer avant même d'être sorti des fils de fer. Le malheureux fut tué trois mètres plus loin : il fut une des premières victimes de sa faute. Ignorant du danger, comme je l'étais, je n'avais qu'une idée en tête : rejoindre ma compagnie. Mais des anciens se trouvaient dans le trou, avec moi. Ils me firent les imiter, enlever mon sac, grimper doucement au bord du trou, mettre le fusil en position, et examiner la plaine. Je ne vis tout d'abord rien. Puis je distinguai des hommes courant affolés, d'autres allongés dans la plaine. A gauche devant Chavonne, des boches qui se démenaient. Je ne pus résister à la tentation. J'en épaulais du coup mon fusil, visais soigneusement, et vlan ! Le type disparut. L'avais-je touché, ou était-il descendu dans un boyau ? Je ne sais.

     Le sifflement des balles allemandes continuait, mêlé maintenant à celui des balles françaises. Nos mitrailleuses tiraient par-dessus nos têtes. Je compris alors, quoique nouveau au front, que c'était à recommencer. Des blessés passaient. L'artillerie allemande tiraillait quelque peu dans la plaine. Nous vîmes soudain arriver dans notre trou un bolide, sous la forme d'un homme qui nous fit le récit suivant. Ils étaient quatre, couchés dans la plaine, côte à côte, serrés l'un contre l'autre. Un obus était arrivé, éclatant sous le premier et le réduisant en miettes. Le second, un miracle, n'avait rien, et lui, numéro trois avait reçu un éclat dans l'oeil. Quand au numéro quatre, il ne savait ce qu'il était devenu.

     Quand à l'attaque, ç'avait été rapide. Pendant que je dégringolais, les premières vagues arrivaient et dépassaient la première ligne boche, mais là se heurtaient à une résistance à laquelle personne ne s'attendait. Une contre-attaque se déclenchait immédiate, terrible, et les nôtres étaient obligés de se replier, non sans laisser des plumes. Le tout n'avait pas demandé plus de cinq minutes.

     Un moment, je fus attiré par une lueur sur la gauche. C'était un poilu du génie, portant un appareil lance-flammes, qui brûlait vif. C'était terrible : une torche vivante. Enfin l'après-midi passa doucement. Vers le soir, comme il faisait un peu sombre, on sortit un par un de notre trou et nous regagnâmes notre tranchée de départ. Je me dirigeais vers la cagna du capitaine, me demandant ce qui m'attendait. Ma foi, il n'y eut rien, puisque tout le monde avait fait comme moi.

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