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     Comme j'allais redescendre, je l'entendis qui me criait : "Tu peux jeter le seau !"

     Aussitôt, je jetais les deux seaux par-dessus le parapet, puis je descendis dans la sape. Mais là, explications. Il m'avait dit de jeter le petit seau, et moi, j'avais compris les deux. Il me dit d'aller rechercher le grand seau... et il était sur le parapet. Enfin, après une petite lutte intérieure d'un instant, je me décidais, et je sautais sur le parapet à l'endroit où je savais avoir jeté les seaux. En effet, je les vis, mais ô putréfaction, ils étaient tombés sur un groupe de trois boches, qui étaient étendus là. Je n'étais pas encore aguerri, je fus horrifié. Je sautais sur mon seau, et je fis un bond pour revenir à ma sape. Il me fallut bien deux ou trois minutes pour me remettre. Enfin, nous finîmes notre travail.

     Nous devions repartir de l'avant, à seize heures, mais voilà que vers quatorze heures, le sergent Moussard arrive tout essoufflé : "Mon capitaine, il y a des français sur la crête ! Ils nous font signe d'avancer !"

     Le capitaine ne fait qu'un bond du fond de sa sape. Il lorgne les silhouettes à la jumelle et reconnaît que ce sont bien des français. L'ordre est donné de partir en avant. Je vais communiquer l'ordre aux sections et nous démarrons.

     En arrière de la première ligne, nous trouvons encore des cadavres de chez nous. Nous arrivons sur la crête et nous commençons à redescendre de l'autre côté, en suivant des chemins de caille-bottis.

     En bas, se trouvent des cagnas boches : villa Héléna, villa Margarita, etc... et, en effet, ce sont plutôt des villas que des abris de soldats. Je glane des cartes, une lampe électrique, cigares, jeux de cartes, etc... Je deviens peu à peu un musée. Un peu plus loin, il y a encore du feu. Les boches sont partis d'ici brusquement. Nous devons notre avance à la manoeuvre de la compagnie de droite, qui, mieux placée que nous, a réussi à avancer, obligeant les allemands qui se trouvaient en face de nous, à la retraite.

     Enfin, nous arrivons dans la plaine, déployés en lignes de sections. Comme manoeuvre, c'est joli.

     Nous avons fait environ 1500 mètres comme cela, lorsque le capitaine m'appelle :
     "Tu vas retourner à Chavonne, chercher mon cuistot et mon ordonnance qui sont restés là-bas. Tu nous retrouveras à Rouges-Maisons, et fais vite !"


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