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Le type éteint sa lumière. Deux minutes plus tard, je vois tous les poilus se coller contre les murs des maisons, tous comme un seul homme, tandis que moi et quelques bleus dans mon genre, restons au milieu de la chaussée.
Deux craquements en l'air, un peu en avant de nous. Ce sont des fusants. Je les vois éclater, en me demandant quelle garantie, les poilus peuvent trouver à se blottir ainsi contre le mur. Enfin, la marche reprend et cinq minutes plus tard, nous sommes dans notre maison.
Le pays n'est pas trop bombardé, nous pouvons y loger.
Au jour, nous sommes réveillés par un fracas abominable; la maison en a tremblé. Nous descendons au rez-de-chaussée, et de là, dans la rue, afin de nous rendre compte de ce qui se passait.
Un poilu m'explique et me montre l'endroit. Le pays est bâti à flanc de coteau. Dans le ravin, se trouve une pièce de 270 de marine. On voit très distinctement les artilleurs aller et venir. Le coup part. "Oh, j'ai vu l'obus !" crie un des jeunes poilus.
Tout le monde rigole, car cela parait invraisemblable. Mais en regardant bien et en prenant des points de repère, on s'aperçoit vite qu'il a raison. On peut, en effet, suivre la trajectoire de l'obus, et même, en montant sur la crête, quoique cela soit défendu en plein jour, on peut assister à l'éclatement du morceau, là-bas, bien loin, sur les lignes boches.
Le temps passa bien lentement dans ce pays.
Le huit avril, en montant sur la crête, j'étais suivi par un poilu de la première escouade de chez nous. Un moment après, il m'interpellait : "Dis donc, Cambounet, tu ne t'appelles pas André ? - Si, pourquoi ? - Ton père n'est pas originaire du Tarn ? - Mais si, de Saint-Avit, pourquoi ? Tu en es, toi ? - Tu ne te rappelles pas de Lamy, d'Antouls ? La ferme qui a brûlé, une fois que vous étiez au pays ?"
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