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     Nous voici en ligne de demi-sections par deux, dans un champ de blé... Nous allons jouer un rôle dans la contre-attaque française du 11 juin...

     Les boches doivent déclencher une offensive contre Compiègne, nous allons la déjouer, en attaquant avant eux !... Ah mais !... Nous faisons cent mètres, puis nous arrêtons... Les tanks traversent la voie ferrée et viennent défiler devant nous, pour gagner leurs postes de combat.

     Nous avons hâte qu'ils soient passés, car nous craignons que les boches ne les repèrent et les bombardent; dans ce cas, naturellement, nous recevrions des éclaboussures ! Il en passe ainsi une vingtaine, puis le défilé se termine. Les tanks s'éloignent et se forment en ligne, plus loin, avec le 287 qui doit marcher avec eux, car nous, ne sommes que réserve de division.

     Pourtant c'était notre tour d'être première vague. Mais, il parait que les poilus du 287, dans la Somme, auraient jeté des pierres, sur l'auto du général Caron, commandant la division.

     Au bout d'un moment, la canonnade tape dur, en première ligne. Nous avançons par bonds successifs... Cinquante mètres en avant... dix minutes d'arrêt...

     De nombreux avions français sillonnent le ciel. Peu de boches, car ils les combattent par canons... Dans la matinée, un fusant éclate en plein dans un appareil, qui tombe en morceaux, les ailes d'un coté et le fuselage d'un autre. On distingue même très bien, l'aviateur piquant du nez, à une vitesse vertigineuse...

     A ce moment arrive une escadrille boche et le combat s'engage... Les balles incendiaires tracent leur sillon blanc dans le ciel... Mais personne ne descend et ils font demi-tour...

     Les blessés de chez nous et les prisonniers boches commencent à affluer. L'attaque semble réussir... Puis vers trois heures de l'après-midi, le combat devient acharné... Les mitrailleuses boches crachent comme des enragés... Les tanks sont pris à partie par les 210 et on en voit brûler plus d'un...

     Enfin, vers seize heures, nous arrivons à une route neuve, toute blanche, le long de laquelle nous nous installons... Nous n'irons pas plus loin pour aujourd'hui. Nous posons sacs à terre.


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