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     Avisant un sac par terre, je l'ouvre. Il est plein de fusées éclairantes et de fusées signaux. Avec la pointe de mon couteau je retire la bourre de l'une d'elles : le parachute est en soie. J'en prends une autre et je mets les deux parachutes dans ma poche. Je les enverrai dans une lettre ou les porterai en allant en permission...

     En rentrant, nous mangeons notre frichti, nous nous enroulons dans nos couvertures et hardi ! petit ! nous nous endormons, avec les cailloux de la route comme matelas.

     Nous passons ainsi la nuit... Vers trois heures, l'adjudant Jayet nous réveille :
     "Allez, préparez-vous. Montez vos sacs. Nous partons."

     Et, en effet, sitôt l'exécuté, nous nous mettons en route. Nous allons ainsi jusqu'au pied d'une grande crête, le long de laquelle grimpe un boyau occupé par les poilus du 154. Nous restons en bas un bon moment, puis nous grimpons en suivant le boyau, qui, pour le moment sert de tranchée de première ligne.

     Un peu avant le sommet de la crête, nouvel arrêt : on nous fait préparer nos armes... Je prépare mon revolver dans sa gaine, et, dans mon sac, je prends quatre chargeurs que je dois tenir à la main, prêt à les passer à Dubois.

     Sitôt ces préparatifs achevés, nous partons. On nous annonce que nous devons prendre un patelin : Saint-Maur, qui se trouve alors devant nous à douze ou quinze cents mètres. Cela me fait un drôle d'effet d'entendre ça : une compagnie à l'assaut d'un pays si éloigné... Je ne fais pas de réflexions, préférant les garder pour moi.

     Nous nous formons en ligne de demi-sections par deux à vingt pas d'intervalles et, en avant !

     Mais nous n'allons pas loin. Nous n'avons pas fait cinquante mètres que des mitrailleuses placées au-dessus de Saint-Maur se mettent à cracher... Les balles arrivent à nos pieds.

     Nous nous couchons, sauf le lieutenant Troutot, qui, lui, reste debout, sans broncher. Et pourtant, le tir est bien ajusté. C'est miracle que personne ne soit mouché !

     Troutot voyant qu'il n'y a rien à faire, et comprenant bien que ce n'est pas avec une compagnie, que l'on prend un pays, à quinze cent mètres, sans préparation d'artillerie, nous fait obliquer à gauche et nous nous dirigeons vers le prolongement du boyau suivi tout à l'heure.

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