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Je descendis du pays et en arrivant sur la route de Soissons à Braine, qui passe en bas de Brenelle, je sautais derrière un camion faisant partie d'un convoi qui se dirigeait dans le même sens que moi. Cinq minutes après, j'étais arrivé.
Le pays était quelque peu bombardé, par obus explosifs et incendiaires. Mais il y avait encore des civils et naturellement des boutiquiers pour les ravitailler.
Je me dirigeais vers une charcuterie, où je me fis servir un bon morceau de saucisse et du pâté. De là, chez le boulanger, afin d'avoir du pain frais, puis je remontais.
Je passais à la roulante, demander un petit morceau de lard et je retournais vers la sape. De ce côté du plateau nous ne pouvions pas être vus par les boches.
Je cherchais un peu de bois sec et je me mis en devoir d'allumer du feu. Je fis ma cuisine dans mon assiette en fer et je déjeunais, ma foi, d'un fort bon appétit. La vision de mes futurs émotions, n'avait pas encore réussi à me resserrer l'estomac.
L'après-midi se passa en jeux de cartes. A cinq heures, la soupe. Puis le montage des sacs. Avant de partir, nous touchons tout l'attirail complet. J'hérite, pour ma part, de deux grenades incendiaires, de trois grenades offensives ainsi que d'un pistolet lance-fusées.
La veille, avaient été distribués aux grenadiers, les pistolets automatiques, accompagnés d'une boite de cartouches, et un couteau de tranchée, à la lame solidement emmanchée. Nous étions prêts, il ne nous restait plus qu'une nuit à passer...
Nous partons vers dix heures du soir, en colonne par un, le long d'une piste qui se dirige vers l'Aisne. Il fait une nuit très obscure.
En approchant, nous voyons de plus en plus distinctement, les fusées boches. Même à un moment, la colonne ne s'étant pas couchée assez vite à l'annonce d'une fusée, quelques obus arrivent et viennent éclater en arrière de la compagnie, à droite et à gauche de la piste.
Mon baptême ! Nous continuons à avancer tranquillement, méthodiquement, lorsque nous sommes coupés par un ravitaillement d'artillerie. Il fait tellement noir, que personne ne s'en est aperçu. Nous n'entendons même pas les chuchotements : "Faites passer que ça ne suit pas !"
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