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Dès la tombée de la nuit, nous déménageons. La compagnie étend son front vers la gauche afin de pouvoir relever la dixième compagnie du 154, où il ne reste plus que vingt-huit poilus. Quelle purge pour eux !
Nous nous installons dans des embryons de trous de tirailleurs, sur la crête : la cote 117. Nous nous mettons de suite à la besogne : à trois, ça va assez vite, et au jour nous avons un trou potable.
Nous sommes éreintés : peu de repos et beaucoup de fatigue, depuis trois jours, ça nous a crevés. Aussi nous endormons-nous d'un sommeil de plomb.
Vers midi, je me réveille en sursaut, en m'entendant appeler : "Eh, Cambounet ! - Qu'est-ce qu'il y a ? - Mulé est tué ! - Hein ? Sans blague ? - Oui ! Un 88 est tombé dans son trou !"

C'est Roland, un breton de la dixième qui m'annonce ça et il m'explique : il dormit dans son trou, lorsqu'il reçoit une boite à masque sur la tête. Croyant que quelqu'un lui faisait une blague ou l'appelait de cette façon, il passe la tête et voit la capote de Mulé, étendue sur le parapet. Il sort et en rampant, vient vers le trou de Mulé.
Il voit alors le malheureux, le ventre arraché, empli de terre, et comprend ce qui s'est passé : un malheureux obus, lâché par hasard, qui est tombé juste à cet endroit.
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