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Nous n'avons rien entendu, et, pourtant il n'y a pas plus d'un mètre entre nos deux trous, c'est dire si nous dormions. Dubois et Blin se sont réveillés également et nous causons du pauvre copain. Nous le plaignons sincèrement, car c'était un très bon camarade. Il avait fait la Somme en 1916, l'Aisne et Verdun, en 1917, sans une égratignure. Cette fois, il n'avait pas été raté !
A la nuit, avec une pelle, on débarrasse son corps de la terre qui le recouvre, et deux brancardiers l'emportent dans une toile de tente. On ne peut pas le transporter autrement, car son corps plie, les deux tronçons n'étant reliés entre eux, que par la colonne vertébrale et un peu de chair du dos...
...Il va aller rejoindre les sept ou huit cent tués, qui sont dans le ravin, un peu en arrière, où l'on forme un cimetière, intitulé : le cimetière du ravin des réserves !...
Le lendemain matin, 15 juin, les boches font un tir de harcèlement, sur nos positions, avec des 88 et des 130, et sur la ferme de la Garenne, avec des 210, à fusée à retard... La terre tremble du fait de ces derniers !...
Mais tous ces obus font plus de bruit que de mal, et les boches se lassant plus vite que nous de ce jeu, arrêtent leur tir.
...Pendant deux jours, nous restons là-dedans, assez calme malgré quelques obus, tombant à droite ou à gauche... Nous pleurons après la relève !... Les tuyaux les plus imprévus circulent : retour au grand repos... relève par une division marocaine... etc...
Dubois est très déprimé; les boches sont dans son pays et il n'a plus de nouvelles de chez lui. Il ne sait pas ce que sont devenues sa mère et sa soeur... Blin et moi, nous essayons de ranimer son courage chancelant, mais sans grands résultats...
...Enfin, le 17 juin, vers dix heures et demie du soir, la relève arrive... Nous filons bride abattue, car nous voudrions déjà nous sentir à l'abri des balles boches ! Aussi, ne sommes-nous pas longs à arriver au ravin des réserves. Les poilus qui étaient là, avant nous avaient commencé des trous... J'en prends un et bonne nuit !...
Le lendemain matin, aidé de Biet, un poilu de la dixième, j'aménage mon trou. J'ai dégotté des planches, qui iront mieux que la toile de tente...
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