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Nous passâmes la nuit, à Juvisy, d'où nous démarrions, vers quatre heures du matin, le 18. Nous arrivâmes à Troyes, vers quatre heures du soir, le 19, et enfin à Oëlleville, près Mirecourt, but de notre destination, le 20 septembre au matin.
Nous étions descendus à Frenelle-la-Grande, et nous dûmes faire, après 53 heures de voyage en chemin de fer, sept kilomètres à pied, pour gagner Oëlleville.
Nous eûmes repos la journée du lendemain, 21, afin de nous permettre de nous installer. A partir de ce jour nous avions définitivement quittés le 164 pour appartenir au neuvième bataillon de marche du 155 R.I. 33e compagnie.
Ce fut ensuite l'exercice qui reprit, car quoique étant dans la zone des armées, ce n'était pas encore le front... et loin de là !!!
Quelques jours plus tard, je fus désigné pour suivre un cours de mitrailleur. Pendant huit jours, il nous fallut faire matin et soir, l'aller et le retour, Oëlleville-Frenelle, pays où se tenait le cours. J'en sortis avec la mention très apte; ça m'avait intéressé et j'y avais pris goût.
Cependant il était une chose que je ne perdais pas de vue, c'est que je n'étais pas allé en permission depuis le huit mai, alors que les autres avaient eu quatre jours, avant leur départ au 155, seulement mon départ n'avait pas été prévu, et je n'avais pas pu bénéficier de ce tour de permission, et d'autre part les équipes agricoles ne comptaient pas, puisqu'on n'avait pas été chez soi.
J'attendis donc impatiemment qu'on en parle. Le mois d'octobre passa ainsi en exercices et en fréquents déménagements : le 8, nous quittions Oëlleville pour transporter nos pénates à Boulaincourt, d'où nous partions, le 23 pour nous transférer à Baudricourt.
Vers la fin du mois, j'eus une petite crise de courbatures fébriles, qui me fit entrer à l'infirmerie...
J'en sortis le dix novembre au matin, avec deux jours, exempt de service : le 10 et le 11.
Or, comme comble de chance, au rapport du 10, on nous lit que les permissions reprenaient le lendemain et qu'il en partirait une dizaine par compagnie. Moi, j'en fus très heureux, étant sûr de partir, puisque cela faisait six mois que je n'y étais pas allé. Le soir, à l'appel, le caporal de semaine, en passant dans le grenier, dans lequel on couchait, appelle deux ou trois noms de poilus qui partaient en permission. Il omet mon nom. Je le lui crie, en lui demandant ce que ça voulait dire. Il me répond qu'il n'en sait rien. Mais moi, je veux savoir. Je suis des premiers, je dois partir.
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