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Dehors il fait un temps splendide : ciel pur sans un nuage et soleil éblouissant. Je voudrais pouvoir me lever et courir dans les rues de la ville, sans avoir à baisser la tête ou à faire d'un brusque mouvement, un plat-ventre par principe.
Mais barca, défense de bouger. Néanmoins ça va beaucoup mieux. Le pansement frais m'a fait du bien et engourdi ma blessure. Je ressens plutôt une gêne qu'une souffrance...
Une infirmière de service m'apporte une petite table montée sur quatre pieds bas se posant sur le lit.
Ensuite défilent une bonne soupe, un beau morceau de viande, cuit à point, et une assiettée de pommes.
Il me reste quatorze sous que j'ai sauvé du naufrage, car avant de monter en ligne, le 4 mai, j'ai fait comme le 15 avril, j'ai pris la précaution de dépenser mon argent... Précaution que je regrette maintenant...
Sur le reliquat de ma modeste fortune, je tire treize sous, moyennant quoi j'ai droit à un paquet de cigarettes, dont j'en tire une que je fume avec délices.
J'ai écrit sitôt arrivé, à mes parents afin de leur faire part de mon adresse, et en même temps du dénuement dans lequel je me trouve... Je vais donc fumer mes cigarettes doucement, afin qu'elles durent jusqu'à l'arrivée du mandat sauveur, car le temps n'est plus où l'on distribuait à pleines mains, tabac et cigarettes aux blessés... On me procure des livres et je lis un bon moment.
Mais la fatigue l'emporte et je pars pour le doux pays des songes...
Je suis réveillé le lendemain matin, par un bruit de vaisselle remuée. C'est l'infirmier de service qui distribue un bol à chaque poilu. Me voici frais et dispos, ragaillardi par la bonne nuit que je viens de passer.
Aussi est-ce d'un oeil intéressé que je suis les évolutions du bonhomme... Après les bols, il répartit un panier de pain à raison d'une tranche par occupant de la salle... Et, enfin, arrive le café au lait. Je me jette là-dessus comme un affamé...
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